| Carsten Höller et ''JapanCongo'' - Par Roger Pierre Turine à Grenoble, La Libre Belgique |
Le Magasin de Grenoble a laissé carte blanche au plasticien allemand Höller pour donner le change à une collection célèbre.
Longtemps consacrée à lart africain contemporain, la collection de lhomme daffaires italien Jean Pigozzi sest, depuis peu, ouverte à la jeune création japonaise. Doù lidée originale du commissaire de confronter, dans un espace de tous les possibles, deux arts aux origines et développements divers. Ce qui navait jamais été entrepris de la sorte avoue donc, dès le départ, le mérite de linédit et de linattendu. Rien détrange pour qui connaît les espaces du Magasin, haut lieu de la création contemporaine.
Cette friche industrielle, construite pour lExposition universelle de 1900 par Eiffel, fut, sous François Mitterand, reconvertie en Centre national dart contemporain, à linstar de la Villa Arson, à Nice. Linauguration du Magasin en tant que lieu dexpression artistique remonte à avril 1986 et ses faits darmes lont depuis fait reconnaître largement. Sorte de Kunsthalle par ses entreprises et la liberté laissée aux artistes dy innover et de sy illustrer hors des sentiers battus, le Magasin était idéal pour laventure de concevoir, tout à trac, un face-à-face entre des artistes populaires congolais, émergés à la fin des années septante dans un Zaïre qui nen finissait pas de se répéter dans un art postcolonial sans cesse plus affadi, et une très jeune création nipponne, en prise sur les folies de lépoque.
Deux mondes, deux découvertes ou redécouvertes dans un contexte inhabituel. Un défi pas vraiment impensable, vu le souci de proximité et de rencontre développé de longue date déjà par Carsten Höller. Né à Bruxelles en 1961, celui-ci vit aujourdhui à Stockholm et se partage volontiers entre ses goûts prononcés pour lentomologie, le rapprochement des cultures par le biais de la musique et des arts, une création personnelle conceptuelle impliquant lart et les sciences, enfin le commissariat dexpositions assemblant les facettes de ses préoccupations.
Du moment que Yves Aupetitallot, le directeur du Magasin, avait jeté son dévolu sur une mise en exergue du patrimoine Pigozzi, Höller ne pouvait quagir selon sa conscience et ses visions des collusions artistiques. Loin de prendre la collection Pigozzi comme un tout dabord africain éclectique par la diversité des tendances et origines, il a ciblé deux particularités quasi antinomiques, comme pour mieux bousculer les consciences. En tablant sur la création populaire née dans les rues de Kinshasa en plein règne de Mobutu, une création ironique, amusante et néanmoins acide, qui sattaquait aux modes surannées dune Afrique sous influences, il a joué la carte dune lisibilité directement attrayante pour tous les publics.
Et, par ailleurs, en misant sur le souci de renouvellement visuel dun Pigozzi désireux de souvrir à dautres mondes, à lAsie, par exemple, Höller architectura son rendez-vous autour dun triple conflit de cultures, de générations et dimageries. Pour réussir dans pareille entreprise, il repensa totalement lespace dun Magasin réhabilité en grande halle à perte de vue, habité de modules à nu, vus de dos, peints en blanc, vus de face. Une halle réappropriée façon déambulatoire circulaire qui, serpentant entre les uvres avec de petits lieux pour les installations et les photos, confronte celles-ci par des jeux de rencontres inopinées selon que le regard se diversifie de gauche à droite et vice-versa. Höller a disposé les peintures et dessins côte à côte, bout à bout. On se croirait presque dans un cabinet damateurs dautrefois, sil nétait, cette fois, la prise en compte très contemporaine de lespace.
Grand jeu de piste entre des uvres qui, répertoriées par artiste - 16 Congolais et 41 Japonais, 236 pièces environ au total -, se suivent et se répondent par affinités ou contrastes, laventure est concluante, qui nous découvre une histoire méconnue, insolite, colorée. Si lon sattache à la qualité des uvres aux cimaises, la note nest pas toujours aussi heureuse.
"JapanCongo" Les infos pratiques
Où ? Au Magasin, Centre national dArt contemporain, Site Bouchayer-Viallet, 155, Cours Berriat, 38028 Grenoble.
Quand ? Jusquau 24 avril, du mardi au dimanche de 14 à 19h. Infos : lexpo ira ensuite au "Garage", à Moscou, lété 2011, et à Milan, au Palazzo Reale, en septembre 2011.
Des renseignements ? 00.33.(0)4. 76.21.95.84 ou sur le site www.magasin-cnac.org

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