Japancongo, le Japon en rectiligne et le Congo en courbe - Par José Marinho, RFI
Japancongo au Centre national dart contemporain Le Magasin, à Grenoble, est une drôle dexposition. Lartiste invité, lAllemand Carsten Höller, y organise un dialogue et une confrontation entre 130 uvres congolaises et 225 uvres japonaises. Cest une petite partie de la collection Jean Pigozzi qui possède la plus grande collection dart africain contemporain (10 000 uvres), mais aussi une collection dart japonais. Entretien avec Yves Aupetitallot, le directeur du Magasin, le Centre national d'art contemporain de Grenoble et commissaire général de lexposition.
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Double regard de Carsten Höller sur la collection de Jean Pigozzi.
Photo: Blaise Adilon
RFI : Pourquoi faire une exposition qui fait rencontrer deux extrêmes dans lart : le Japon et le Congo ?
Yves Aupetitallot : Géographiquement, les artistes japonais et congolais sont très loin lun de lautre. Mais en les rassemblant, en les confrontant, une question se pose : est-ce quil ny aurait pas quelque chose de commun, de proche, qui permettrait finalement de définir : lart, il est où ? Cest une question passionnante.
RFI : Il y a une réponse ?
Y.A. : Je crois quil ny en a pas une, il y en a plusieurs. Du point de vue de Carsten Höller, il est sûr quil y a des choses qui sont communes. Dans lexposition il a construit une structure en courbe et une structure droite. A un moment, la courbe est très loin de la droite. Au centre de cette courbe, on est très proche de la droite. La réponse est de cet ordre-là, il y a des choses qui sont absolument congolaise, il y a des choses qui sont absolument japonaises et il y a des choses qui sont entre les deux : le rapport aux choses qui sont autour de nous, la manière dont on les représente, la manière dont on en parle. Par exemple, linfluence de la bande dessinée. Quand on pense Japon, tout le monde pense manga. On ne penserait pas bande dessinée pour le Congo et pourtant, la bande dessinée a joué un rôle important. Chéri Samba, qui est lun des artistes congolais majeurs, a commencé par la bande dessinée. Cela on voit. Et comme le disent Carsten Höller, le photographe allemand et Jean Pigozzi, grand collectionneur dart africain : « lart, cest une expérience individuelle».
RFI : Les thématiques abordées par les artistes du Congo sont les mêmes que celles abordées par les Japonais ?
Y.A. : Il y a évidemment des différences importantes notamment pour la génération des artistes quon dit les artistes populaires. Les trois principaux étant Moké, Pierre Bodo et Chéri Samba. Ce sont des artistes qui vivent à Kinshasa et qui sont extrêmement attentifs à la société kinoise de leur époque. Ils sintéressent à la vie de tous les jours, à la vie des gens dans la rue, dans les bars. Ils sintéressent à la vie politique. Moké par exemple fait des tableaux qui montrent tout simplement les cérémonies danniversaire pour lindépendance. Il y a des tableaux presque drôles sur la présentation dartistes contemporains européens ou nord-américains en Afrique. Cest très fort chez les artistes congolais, moins chez les artistes japonais qui sont dans un univers. Ils le disent quand même dans leur texte quils ont écrit pour lexposition. Ils partent finalement tous dune expérience personnelle et font en sorte que cette expérience soit partagée par tous. Mais cest plus égocentrique et beaucoup moins attentif à la société qui les entoure.
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Double regard de Carsten Höller sur la collection de Jean Pigozzi.
Photo: Blaise Adilon
Japancongo," class=att target=blank>www.magasin au Centre national dart contemporain Le Magasin, à Grenoble, jusquau 24 avril. Lexposition sera présentée à lété 2011 au Garage Center of Contemporary Culture de Moscou, puis à Milan en septembre 2011 dans la salle des cariatides du Palazzo Reale, qui abrite les expositions du Centre dart contemporain.